Le sexe politique

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Le sexe est éminemment politique. Et je n’aurai pas assez d’une one night stand story pour faire le tour de la question, chère Victoria.

Revenons-en aux origines : la politique, la gestion de la cité. En quoi deux, trois, dix corps forniquant avec délice ou morne habitude ont-ils quoi que ce soit avec la chose publique ? Ne touchons-nous pas à l’essence-même de l’intimité ?

La question politique est une question de valeurs, une question donc morale. Et la morale, la distinction du bien et du mal, est au croisement de nos croyances – y compris religieuses – et de nos ambitions. Ainsi, si fantaisie me prenait de séduire dix hommes en une nuit, il y aurait sans doute un humain pour dire « Fichtre, cette femme a le feu au cul ». Certes, ce ne serait pas faux. Si ce témoin imprévu ajoutait un retentissant « La salooooope » à mon propos, nous tomberions dans le jugement, le jugement de valeurs. Donc de morale.

Le sexe, notre regard sur le sexe, se relève donc teinté de la question morale. Et comme toute question morale, notre société a prévu des codes et des convenances, des usages sociaux plus ou moins acceptés. Ainsi, au gré de sa vie, toute personne ayant un rapport au sexe – l’absence de  rapport sexuel est également un rapport au sexe- est confronté à la norme sociale. Ce qu’il convient de , ou de ne pas, ou de peut-être… Sans parler de la curiosité de l’église et des commentaires de la voisine, ni de la main d’Albert dans la culotte de Joséphine. Ces codes, ces tolérés, supportés, encouragés ou interdits, sont les incarnats des valeurs qui présideront à l’établissement de la loi, que celle -ci entérine un tabou sociétal, ou qu’elle oeuvre à en lever d’autres. Ainsi, autoriser la discrimination liée aux  choix sexuels gays est un acte politique, qui donne une indication assez claire du niveau d’intolérance d’une société.

Ceci n’est que la base-même, l’évidence.

Je reste les yeux pleins de questions. Pour moi, le choc avec la norme sociale québécoise est violent. Les codes et coutumes varient d’une société à l’autre, tout comme ma position d’observatrice – influencée par une subjectivité évidente, hé, j’aime le sexe autant que le chocolat. Mes normes sont teintées d’Europe, d’hommes galants, d’une certaine lubricité et d’un foutu refus de toute forme de guerre.

Ainsi je m’interroge tellement quand je vois que des lois visant à promouvoir une égalité des sexes entraînent des effets secondaires non souhaités. Ainsi, en Belgique, nous avons une loi qui impose la stricte parité sur les listes électorales, et ce à chaque niveau de pouvoir. Mais, sérieusement, le sexe m’importe peu, quand il s’agit de voter : c’est la compétence qui m’intéresse. Et je refuse qu’on place sur une liste de candidats un homme incompétent au détriment d’une femme compétente. Tout comme je refuse qu’on y place une femme incompétente, au détriment d’un homme compétent. N’est-ce pas là un pur exemple d’égalité ?

Les grands combats féministes prônent la défense des droits des femmes – et leur action repose dès lors sur une différence liée au sexe. Qui a bien des raisons d’exister, nous sommes d’accord. La question de l’égalité des hommes et des femmes est une question politique, et nombre de lois s’en sont emparé, ici comme chez moi.

Le sexe, le rapport entre les sexes, comme le rapport sexuel, est politique. D’ailleurs, je suis pour une stricte égalité des genres : j’aime les hommes comme les femmes. En vrai, en bonne humaniste très peu consensuelle, j’aime les personnes bien plus que les genres ou les couleurs, plus que les convictions ou les étiquettes.

La question inverse est assez drôle … La politique est-elle une affaire de sexe ? Je ne m’étendrai pas sur ce que nous nommons « la promotion canapé ». J’ose espérer qu’en 2016, cette pratique n’a plus cours. Comment ça, je suis une douce rêveuse ?

Il en reste, des questions, belle Victoria, avant d’épuiser le sujet délicat des liens parfois tendus entre sexe et politique. Mais la fatigue me gagne, et lit m’appelle.

Je me demande parfois si l’on peut rendre avec des mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, si l’intellect a sa place quand il est question de sensations. Doit-on respecter la grammaire quand on parle d’orgasme ?

Je t’embrasse,

Nora

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  1. Chère Nora,
    Oui, je sais, ma question était éminemment chargée. Mais ça participe du plaisir de nos échanges, non? ;^)
    Je prendrai bien entendu le temps de répondre à ta question (quelle jolie question, d’ailleurs, merci!) dans un billet, mais je voulais déjà réagir à certains de tes propos ici. En espérant peut-être que d’autres oseront se joindre à la conversation.
    Tu as pris «sexe» au sens de «sexualité» et au sens de ce qui distinguerait les hommes des femmes. Et tu abordes la question du féminisme. Et tu clames ton humanisme.
    Nous avons eu cette discussion de vive voix. Mais j’aimerais tout de même la reprendre un peu ici. Dans un monde idéal, je serais humaniste. Mais le monde dans lequel j’habite, est, entre autres défauts, partriarcal. Et, à cause de cela, je clame haut et fort l’étiquette féministe, la revendication politique, sociale, symbolique, etc. D’autant que ce patriarcat a des conséquences majeures sur la vie sexuelle des femmes, sur leur désir, leur plaisir, qu’on tente de contenir, de circonscrire, de limiter, de censurer de toutes sortes de façons.
    Et puis j’essaie de ne pas oublier que les formes d’oppression sont multiples et donnent naissance à tellement de discriminations, d’injustices, de violences. La façon dont on définit les sexes supposément biologiques et les genres supposément normés socialement faisant partie du lot.
    Le politique va souvent de pair avec le pouvoir ou les luttes de pouvoir, et tout cela rejaillit joliment dans nos lits alors que nous tentons simplement une rencontre charnelle plaisante et satisfaisante. Ça rend les choses à la fois intéressantes et terriblement compliquées, parfois tout à fait frustrantes. Je crois que nous sommes d’accord là-dessus.
    J’espère que le sommeil a été bon et les rêves merveilleux!

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  2. Ma chère Victoria,

    Oui, j’ai pris sexe dans le sens de sexualité et de genre. Mais poursuivons donc la réflexion, veux-tu ? Car elle est intéressante.
    Quelles autres acceptions du sexe pourraient être ou ne pas être, politiques ?
    (Telle est ma question, et elle est pour toi, et quiconque nous lit et aura l’envie de se joindre au débat.)

    Nora

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  3. Je ne crois pas qu’il y ait une forme de sexe qui ne soit pas politique (malheureusement peut-être?). Nous sommes des êtres sociaux, même dans nos replis les plus profonds. Enfin, il y a peut-être du sexe apolitique dans cette expérience de pensée d’un être humain totalement isolé genre enfant sauvage, mais ça demeure une expérience de pensée. Les peaux, les corps et les désirs qui se rencontrent dans notre monde le font toujours dans un contexte social et donc politique.

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