Grammaire de l’orgasme

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«Je me demande parfois si l’on peut rendre avec des mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, si l’intellect a sa place quand il est question de sensations. Doit-on respecter la grammaire quand on parle d’orgasme?» (Le sexe politique)

Chère Nora,

La sémiologue intello cérébrale amoureuse des mots et de la langue répond instinctivement «oui!!!!!!!». Une fois l’instinct un brin calmé, je réponds «non!!!!!».

J’ai été charmée, allumée, séduite par des mots délicieux, par des phrases bien roulées, par des histoires racontées avec brio. Dans la vie, dans les livres et dans le Web. Ceux des autres. Et aussi les miens. C’est en partie pourquoi Victoria W existe: je ne trouvais pas assez de récits érotiques et pornographiques que j’appréciais. Je sais que tu écris aussi pour cette raison. Et nous sommes choyées que d’autres trouvent aussi dans nos mots à prendre leur pied, charnellement ou intellectuellement (institutionnellement? ;^).

Dans le livre d’une sexologue québécoise connue, j’ai lu que tel terme, pour parler du sexe féminin, ne devait pas être utilisé parce qu’il n’est pas beau, ne sonne pas bien. J’ai tiqué, bien sûr. Et si moi, je le trouve beau, ce terme? si, moi, il m’allume, ce terme? qui est-elle pour venir me dire ce qui est beau et bien? et puis c’est quoi le beau et le bien quand il est question de cul?

Dans le livre de féministes prosexualité états-uniennes, j’ai lu que le sexe ne devrait pas être considéré comme pervers, qu’on a tout avantage à se débarrasser des tabous et idées reçues si on souhaite une vie sexuelle satisfaisante. Donc, le sexe n’est pas pervers. À moins, précisent les auteures, que de considérer le sexe comme pervers ne soit un turn on, alors, le sexe est très, très, très pervers!

Je préfère bien entendu la seconde école de pensée. Je ne lis plus la sexologue québécoise alors que je fréquente encore les textes des féministes prosexualité états-uniennes avec beaucoup de bonheur.

La rectitude linguistique est une forme de violence, de contrôle social, de censure. On revient au sexe qui est politique. Même dans les mots, dans la langue, le langage. Peut ainsi être rejeté tout discours sur la base non pas de son contenu — qui peut être très pertinent et intéressant! —, mais de sa forme.

Si on doit parler de sexe, on doit le faire avec les mots et la grammaire qui nous convient, et qui convient à celles et ceux avec qui on discute et baise. Si on doit écrire le sexe sous une forme littéraire, la grammaire devient, à mes yeux, importante. En admettant toutefois la licence poétique. Comment dire, énoncer, réinventer le monde, le plaisir, le désir, les orgasmes, les rencontres charnelles, si on reste prises et pris dans une langue figée et normée?

De mon point de vue, intellect et sensations ne s’excluent pas. Mon intellect est un organe sensoriel de première classe! Mais je peux aussi imaginer un esprit moins cérébral que le mien pour qui l’intellect doit être évacué ou mis en sourdine pour jouir pleinement de ses sensations.

Je ne sais si je suis capable de rendre avec mes mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, mais j’ai vachement de plaisir à essayer!

Ma question pour toi: porno ou érotisme?

"

  1. Chère Nora,

    Dans un site de rencontres, j’ai reçu le message suivant (c’est le pemier message du type, je précise): «Je peut te faire l’amour?». Ne sais ce qui me choque le plus entre le «t» et le manque de tact (d’imagination? de savoir-faire?) pour une première approche. :^)

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  2. Pingback: La laisse légère | La rosace et les nymphes

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