La laisse légère

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Victoria : « Ma question pour toi: porno ou érotisme? »

Ma chère Victoria,

Il me semble qu’il y a un siècle déjà que j’ai quitté Montréal. Ta question a patienté longtemps, que les émotions s’apaisent, que la nostagie laisse place à l’esprit. Je suis prête à reprendre nos exercices de pensées, avec une vigueur digne d’un homme sous Viagra. Soit. Vocabulons.

Quelle est donc cette question ? Aime-je érotique ou pornographique ? L’écriture du désir est-elle  ? L’art érotique est il pornographique ? Faut-il choisir entre porno et érotisme ?

Creusons les mots, et prenons ma position préférée, avec l’un ou l’autre, voir les deux, c’est selon.

L’érotisme se définit comme ce qui touche à l’art de l’amour… Eros, ce divin grec, de l’amour et de la puissance créatrice.  La racine est douce et puissante, verticale, forte, féconde, jouissive. De ces passions qui exacerbent les sens, de ces émois qui hérissent le poil, de ces frissons qui dressent les sexe. L’amour se fait caresse et désir, Eros nous exalte.

Penchons-nous un peu plus vers ces images plus crues, cette pornographie décriée ou encensée, selon qu’elle avilisse ou porte aux nues, la femme qu’elle met en scène. Car, le fait est qu’on parle rarement de l’homme, toujours puissant, toujours bandant, dans la pornographie. C’est l’image de la femme que l’on voudra changer, préserver, restaurer, améliorer. Le schéma est classique : si l’homme est soumis, ça ne peut être qu’un jeu, si la femme est soumise, elle est mal-traitée. Et pourtant j’ai vu, je m’en souviens comme hier, ces films où les femmes sont excitées et exaltées, de ces vidéos vintage où le désir est joyeux, le sexe fantaisiste et délicieux.. Mais on ne les classe pas , ou rarement, dans la pornographie. Les images seront érotiques, ou sensuelles… Mère pudeur. Y a-t-il une explication ?

J’ai vu aussi de ces jeux de relations où les forces s’inversent, de ces hommes de pouvoir qui s’en remettent avec la plus grande joie aux caprices de leur amante, trouvant là même parfois quelques repos. Mais soit. Encore, toujours, rien n’est figé, notre réalité est un prisme, nos croyances forcément angulées.

Remontons dans le temps, encore une fois. La pornographe va, elle aussi, chercher son étymologie chez les Grecs, avec une approche nettement plus commerciale :  pornos, prostituée, et le suffixe –graphie bien connu, désignant l’écriture, le dessin, l’image. Ainsi, pas question ici de sentiment, d’art ou de création, mais bien de représentation du commerce du sexe.

Ne faisant guère l’apologie de ce commerce du sexe, – je suis plus bénévole que marchande- je ne serais point pornographe. Je choisis l’érotisme.  Et riche, s’il vous plaît, et beau. Je veux du raffinement, je veux du verbe, je veux mille mots pour dire jouir, et autant pour décrire plaisir. Oui mais… Grecs ou latins ?

Ainsi, nous parlerions  avec Eros de sentiments et reproduction. On le rattache à Cupidon, chez les Romains, pas à Bacchus. Allons donc, les Romains, ces chaleureux Latins, dont l’empire finit en décadence de chère, avaient pour Dieu de l’Amour un ange assexué ? Foutredieu, l’histoire est vicieuse !

S’il fallait se choisir une histoire, sans doute serais-je grecque, entre grandeur et décadence, entre philosophie et hédonisme, entre le tonneau d’Alexandre et l’île de Lesbos.

Mais je suis Belge. Dans ma ville, un homme a créé ce tableau. Il s’appelle Pornocratès. Une femme nue promenant un cochon. A-t-on jamais vu plus drôle, plus légère, plus fantaisiste, plus érotique laisse ?

ROPS

Alors je suis Namur, ici et près de toi, Victoria, Namur et ses ruelles érotiques, Namur et ses vallées humides, Namur et ses lits pornographiques, où l’insolence des plaisirs se tapit dans l’âme et le silence.  Je veux, je suis, je pense, j’aime  érotique et pornographique. Je suis désir et plaisir. Je suis crue et cuite, et je refuse de choisir : il y a tant à jouir.

Ma question pour toi : le sexe est-il la solution ?

Je t’embrasse,

Nora

"

  1. Chère Nora,

    Contente de te lire!

    Comme toi, je refuse de choisir entre pornographie et érotisme. Remarque, j’aime peut-être mieux la première catégorie par esprit de subversion, parce que c’est un genre moins «élevé» et parce qu’on croit que la porno est l’apanage des hommes et l’érotisme, celui des femmes.

    J’énoncerai mon désir de ne pas choisir comme suit: j’aime la pénétration bien écrite, le plaisir différé, mais qui aboutit dans un lac de cyprine plutôt que dans un hors-champ ou une métaphore éteignoir. Ni porno, ni érotisme. Des histoires de cul, de jambes en l’air. Du désir. Du plaisir. Et de jolis mots, de jolies phrases. Des personnages appétissants. Des histoires bien ficelées.

    Je prendrai probablement un moment avant de répondre. Parce que ta question me déconcerte un brin. Je dois prendre le temps de trouver mon angle pour l’aborder, tenter d’y répondre.

    T’embrasse!

    VW

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  2. Pingback: Le sexe féministe comme solution culturelle (un exercice de théorie sauvage) | La rosace et les nymphes

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