Les licornes du désir

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Chère Victoria,

Le temps m’éloigne de Montréal, et pourtant j’ai le sourire sous le sein, tu sais, ce lien d’instinct qui accroche les esprits comme les peaux, comme la sueur se mélange au sperme les soirs de plaisir canicule.

Tu me demandes, chère Victoria, si je crois me lasser un jour de la littérature érotique. Croire… C’est déjà tout un programme. Ça ne demande ni rationalité, ni libre arbitre. Croire, c’est s’autoriser la magie, les licornes, l’homme qui marche sur l’eau, celui qui bannit le corps des femmes. Croire, c’est l’espoir, l’émotion, l’envie de se rassurer, croire ce n’est pas savoir. C’est donc aussi… s’autoriser l’erreur. Et là, ça commence à me plaire.

Non, je ne crois pas. Parce que cela serait fort triste, et que je n’aime pas les adieux. La littérature érotique, c’est un terrain de jeu, c’est nourrir le désir, le mien, celui des sexes que je fréquente, celui du lecteur, anonyme ou complice. C’est un obscène caprice que je chéris : jouer de mots, titiller de syllabes, exciter le verbe, durcir le ton.

Bien sûr, il y a des jours où j’ai l’érotisme mou, des soirs de vie trop pleine qui me laisse à peine l’énergie de syntaxer un sexe ou de conjuguer la main entre les cuisses. Bien sûr, il y a des moments où parler de ce qu’on écrit – quand on publie un roman, comme c’est mon cas ces jours-ci * – prend le pas sur écrire.

Je crois viscéralement, irrationnellement, qu’on peut se lasser de l’objet mais non du désir.

On peut se lasser du sexe mais le corps est bien fait : il nous a donné bouche dos pieds doigts.

On peut se lasser d’explorer, ou explorer plus loin encore, au delà des enfantines pudeurs, entendre les désirs autres et l’émoi de l’amant couché juste là. Se lasser de “bander” ? Alors passons à “durcir”. Car le mot fait beaucoup. Dans l’écriture comme dans le jeu, un mot doux ne provoque pas de la même façon qu’un langage cru… Et pour éviter cette lassitude, justement, rien de tel que de varier les plaisirs !

Je ne pourrais pas, par contre, me contenter de la littérature érotique. C’est un pan important de mon travail, c’est vrai, et c’est ce qui m’a menée jusqu’à toi. Mais le monde est riche, et le voyage plaisant, je ne peux même pas envisager de me satisfaire uniquement de couchers de soleil. Je veux des matins politiques, et des nuits poétiques, des siestes philosophiques et des heures musique.

A toi, ma chère Victoria, de penser l’émoi. A ton avis, le désir est-il singulier, comme le plaisir est pluriel ?

Au plaisir de te lire. Affectueusement,

 

Nora

 

* Tu as vu le petit placement de produit, sans vergogne ou presque ? Pour nos lecteurs, je rappelle… Mon roman Courbe salée sera tout bientôt disponible dans toutes les bonnes librairies. Pour ceux qui lisent gentiment en numérique, il est déjà sur les principales plateformes à prix d’ami. Le sujet ? Une histoire dont le désir féminin est le héros… Évidemment.

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  1. Pingback: La rosace et les nymphes

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