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Singulier pluriel, pluriel singulier, et un brin d’amertume

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Chère Nora,

Après un long hiatus (la vie, tu sais…), me revoici ici, pour poursuivre notre sympathique et stimulante conversation.

Tu me demandes: «le désir est-il singulier, comme le plaisir est pluriel»?

Dans un monde idéal, je te répondrais que tout devrait être et singulier et pluriel. Sinon, le monde serait triste à mourir.

Mais on parle de cul, de sexe, de corps, de relations amoureuses, humaines. On parle d’une réalité trop souvent taboue, frappée d’interdits, confinée par la pudibonderie et la pruderie et ô combien d’autres impensés sociaux et culturels? (Tu connais cette nouvelle de Borges dans laquelle il représente le sexe comme une secte secrète et fermée? Parlant, ce texte…)

Mes dernières rencontres charnelles m’ont laissée amère. Si je pouvais vivre à temps plein dans l’univers de Victoria Welby, ma vie — particulièrement sexuelle! — serait tellement plus simple. Seulement voilà, je ne suis pas la scénariste du monde dans lequel je vis. Mon impression? Tabous, interdits, patriarcat, pudibonderie et pruderie font que le sexe, le désir, le plaisir, le cul s’énoncent, se vivent dans un cadre prédéterminé, commun, cliché, un cadre qui fait fi de la singularité des personnes impliquées et la pluralité du désir et du plaisir (on peut-tu, câlisse, lâcher les organes génitaux pendant un quart de huitième de seconde pour se rendre compte que le corps entier est un organe de plaisir, sacrament?).

Je rêve d’une tabula rasa. D’une rencontre charnelle pour laquelle l’autre et moi laisserions toutes nos idées, nos attentes, notre expérience, nos peurs, nos craintes, nos clichés, nos présupposés de côté. Une rencontre charnelle avec un point de départ bien simple: avoir l’envie d’explorer le désir et le plaisir ensemble, avec candeur, enthousiasme, curiosité, ouverture. Il manque de Pinpon dans ce monde, bordel…

Ma question pour toi: la perception qu’ont les autres de toi change-t-elle quand on sait que tu es Nora Gaspard?

Tu me manques beaucoup, la belle, et j’espère qu’on aura bientôt l’occasion de fouler le même sol!

Au plaisir!

VW

Les licornes du désir

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Chère Victoria,

Le temps m’éloigne de Montréal, et pourtant j’ai le sourire sous le sein, tu sais, ce lien d’instinct qui accroche les esprits comme les peaux, comme la sueur se mélange au sperme les soirs de plaisir canicule.

Tu me demandes, chère Victoria, si je crois me lasser un jour de la littérature érotique. Croire… C’est déjà tout un programme. Ça ne demande ni rationalité, ni libre arbitre. Croire, c’est s’autoriser la magie, les licornes, l’homme qui marche sur l’eau, celui qui bannit le corps des femmes. Croire, c’est l’espoir, l’émotion, l’envie de se rassurer, croire ce n’est pas savoir. C’est donc aussi… s’autoriser l’erreur. Et là, ça commence à me plaire.

Non, je ne crois pas. Parce que cela serait fort triste, et que je n’aime pas les adieux. La littérature érotique, c’est un terrain de jeu, c’est nourrir le désir, le mien, celui des sexes que je fréquente, celui du lecteur, anonyme ou complice. C’est un obscène caprice que je chéris : jouer de mots, titiller de syllabes, exciter le verbe, durcir le ton.

Bien sûr, il y a des jours où j’ai l’érotisme mou, des soirs de vie trop pleine qui me laisse à peine l’énergie de syntaxer un sexe ou de conjuguer la main entre les cuisses. Bien sûr, il y a des moments où parler de ce qu’on écrit – quand on publie un roman, comme c’est mon cas ces jours-ci * – prend le pas sur écrire.

Je crois viscéralement, irrationnellement, qu’on peut se lasser de l’objet mais non du désir.

On peut se lasser du sexe mais le corps est bien fait : il nous a donné bouche dos pieds doigts.

On peut se lasser d’explorer, ou explorer plus loin encore, au delà des enfantines pudeurs, entendre les désirs autres et l’émoi de l’amant couché juste là. Se lasser de “bander” ? Alors passons à “durcir”. Car le mot fait beaucoup. Dans l’écriture comme dans le jeu, un mot doux ne provoque pas de la même façon qu’un langage cru… Et pour éviter cette lassitude, justement, rien de tel que de varier les plaisirs !

Je ne pourrais pas, par contre, me contenter de la littérature érotique. C’est un pan important de mon travail, c’est vrai, et c’est ce qui m’a menée jusqu’à toi. Mais le monde est riche, et le voyage plaisant, je ne peux même pas envisager de me satisfaire uniquement de couchers de soleil. Je veux des matins politiques, et des nuits poétiques, des siestes philosophiques et des heures musique.

A toi, ma chère Victoria, de penser l’émoi. A ton avis, le désir est-il singulier, comme le plaisir est pluriel ?

Au plaisir de te lire. Affectueusement,

 

Nora

 

* Tu as vu le petit placement de produit, sans vergogne ou presque ? Pour nos lecteurs, je rappelle… Mon roman Courbe salée sera tout bientôt disponible dans toutes les bonnes librairies. Pour ceux qui lisent gentiment en numérique, il est déjà sur les principales plateformes à prix d’ami. Le sujet ? Une histoire dont le désir féminin est le héros… Évidemment.

Le sexe féministe comme solution culturelle (un exercice de théorie sauvage)

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«Ma question pour toi : le sexe est-il la solution ?»

Chère Nora,

Parce que ta question m’a laissée perplexe, je me permets de faire dans la théorie sauvage (sur le modèle de la psychanalyse et de la citation sauvages) à partir d’un article de Wikipédia sur la mémétique, article auquel on a apposé deux avertissements (article «sujet à caution» et qui ne s’appuie pas assez sur des sources secondaires ou tertiaires). En fait, ma brutalité ira jusqu’à n’utiliser qu’une seule phrase de cet article: «Une solution culturelle est une réponse, souvent partielle, aux contraintes actuelles d’une situation.»

Je me permets aussi de réduire l’extension du concept «sexe» pour n’inclure que ses représentations, multiples et variées, dans les pratiques artistiques, culturelles et théoriques de féministes prosexualité.

Et là, ma réponse à ta question est sans équivoque: oui, le sexe est la solution.

La sexualité des femmes est le lieu de nombreuses contraintes — sociales, culturelles, politiques, biologiques ou supposément biologiques, légales, etc. — plus ou moins explicites. Et extrêmement rarement justifiées ou justifiables.

Pour dépasser ces contraintes «actuelles», une solution culturelle toute simple consiste à représenter la sexualité des femmes hors de ces contraintes. Il n’est probablement pas possible de penser notre désir et notre plaisir, nos corps, nos sexualités hors de toutes ces contraintes. Nous sommes des êtres de culture, de société. Mais les cultures et les sociétés changent. Parce que l’art. Parce que la culture. Parce que les idées. Alors investissons, avec nos désirs, nos plaisirs, nos idées, nos mots, nos images, nos histoires, nos corps, nos représentations, nos imperfections même! toutes les tribunes possibles pour dire haut et fort ce que nous sommes, ce que nous pouvons être, ce que nous voulons, ce que nous désirons. Représentons notre sexe beaucoup et souvent, pour que ça devienne monnaie courante.

Je dis tout ça avec un brin d’amertume, pourtant. Parce que je n’écris pratiquement plus d’histoires de cul. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de mon projet. Qu’il est temps pour moi de passer à autre chose.

Ma question, pour la suite de notre échange: crois-tu être un jour lassée de la littérature érotique?

Au plaisir!

V

La laisse légère

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Victoria : « Ma question pour toi: porno ou érotisme? »

Ma chère Victoria,

Il me semble qu’il y a un siècle déjà que j’ai quitté Montréal. Ta question a patienté longtemps, que les émotions s’apaisent, que la nostagie laisse place à l’esprit. Je suis prête à reprendre nos exercices de pensées, avec une vigueur digne d’un homme sous Viagra. Soit. Vocabulons.

Quelle est donc cette question ? Aime-je érotique ou pornographique ? L’écriture du désir est-elle  ? L’art érotique est il pornographique ? Faut-il choisir entre porno et érotisme ?

Creusons les mots, et prenons ma position préférée, avec l’un ou l’autre, voir les deux, c’est selon.

L’érotisme se définit comme ce qui touche à l’art de l’amour… Eros, ce divin grec, de l’amour et de la puissance créatrice.  La racine est douce et puissante, verticale, forte, féconde, jouissive. De ces passions qui exacerbent les sens, de ces émois qui hérissent le poil, de ces frissons qui dressent les sexe. L’amour se fait caresse et désir, Eros nous exalte.

Penchons-nous un peu plus vers ces images plus crues, cette pornographie décriée ou encensée, selon qu’elle avilisse ou porte aux nues, la femme qu’elle met en scène. Car, le fait est qu’on parle rarement de l’homme, toujours puissant, toujours bandant, dans la pornographie. C’est l’image de la femme que l’on voudra changer, préserver, restaurer, améliorer. Le schéma est classique : si l’homme est soumis, ça ne peut être qu’un jeu, si la femme est soumise, elle est mal-traitée. Et pourtant j’ai vu, je m’en souviens comme hier, ces films où les femmes sont excitées et exaltées, de ces vidéos vintage où le désir est joyeux, le sexe fantaisiste et délicieux.. Mais on ne les classe pas , ou rarement, dans la pornographie. Les images seront érotiques, ou sensuelles… Mère pudeur. Y a-t-il une explication ?

J’ai vu aussi de ces jeux de relations où les forces s’inversent, de ces hommes de pouvoir qui s’en remettent avec la plus grande joie aux caprices de leur amante, trouvant là même parfois quelques repos. Mais soit. Encore, toujours, rien n’est figé, notre réalité est un prisme, nos croyances forcément angulées.

Remontons dans le temps, encore une fois. La pornographe va, elle aussi, chercher son étymologie chez les Grecs, avec une approche nettement plus commerciale :  pornos, prostituée, et le suffixe –graphie bien connu, désignant l’écriture, le dessin, l’image. Ainsi, pas question ici de sentiment, d’art ou de création, mais bien de représentation du commerce du sexe.

Ne faisant guère l’apologie de ce commerce du sexe, – je suis plus bénévole que marchande- je ne serais point pornographe. Je choisis l’érotisme.  Et riche, s’il vous plaît, et beau. Je veux du raffinement, je veux du verbe, je veux mille mots pour dire jouir, et autant pour décrire plaisir. Oui mais… Grecs ou latins ?

Ainsi, nous parlerions  avec Eros de sentiments et reproduction. On le rattache à Cupidon, chez les Romains, pas à Bacchus. Allons donc, les Romains, ces chaleureux Latins, dont l’empire finit en décadence de chère, avaient pour Dieu de l’Amour un ange assexué ? Foutredieu, l’histoire est vicieuse !

S’il fallait se choisir une histoire, sans doute serais-je grecque, entre grandeur et décadence, entre philosophie et hédonisme, entre le tonneau d’Alexandre et l’île de Lesbos.

Mais je suis Belge. Dans ma ville, un homme a créé ce tableau. Il s’appelle Pornocratès. Une femme nue promenant un cochon. A-t-on jamais vu plus drôle, plus légère, plus fantaisiste, plus érotique laisse ?

ROPS

Alors je suis Namur, ici et près de toi, Victoria, Namur et ses ruelles érotiques, Namur et ses vallées humides, Namur et ses lits pornographiques, où l’insolence des plaisirs se tapit dans l’âme et le silence.  Je veux, je suis, je pense, j’aime  érotique et pornographique. Je suis désir et plaisir. Je suis crue et cuite, et je refuse de choisir : il y a tant à jouir.

Ma question pour toi : le sexe est-il la solution ?

Je t’embrasse,

Nora

Grammaire de l’orgasme

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«Je me demande parfois si l’on peut rendre avec des mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, si l’intellect a sa place quand il est question de sensations. Doit-on respecter la grammaire quand on parle d’orgasme?» (Le sexe politique)

Chère Nora,

La sémiologue intello cérébrale amoureuse des mots et de la langue répond instinctivement «oui!!!!!!!». Une fois l’instinct un brin calmé, je réponds «non!!!!!».

J’ai été charmée, allumée, séduite par des mots délicieux, par des phrases bien roulées, par des histoires racontées avec brio. Dans la vie, dans les livres et dans le Web. Ceux des autres. Et aussi les miens. C’est en partie pourquoi Victoria W existe: je ne trouvais pas assez de récits érotiques et pornographiques que j’appréciais. Je sais que tu écris aussi pour cette raison. Et nous sommes choyées que d’autres trouvent aussi dans nos mots à prendre leur pied, charnellement ou intellectuellement (institutionnellement? ;^).

Dans le livre d’une sexologue québécoise connue, j’ai lu que tel terme, pour parler du sexe féminin, ne devait pas être utilisé parce qu’il n’est pas beau, ne sonne pas bien. J’ai tiqué, bien sûr. Et si moi, je le trouve beau, ce terme? si, moi, il m’allume, ce terme? qui est-elle pour venir me dire ce qui est beau et bien? et puis c’est quoi le beau et le bien quand il est question de cul?

Dans le livre de féministes prosexualité états-uniennes, j’ai lu que le sexe ne devrait pas être considéré comme pervers, qu’on a tout avantage à se débarrasser des tabous et idées reçues si on souhaite une vie sexuelle satisfaisante. Donc, le sexe n’est pas pervers. À moins, précisent les auteures, que de considérer le sexe comme pervers ne soit un turn on, alors, le sexe est très, très, très pervers!

Je préfère bien entendu la seconde école de pensée. Je ne lis plus la sexologue québécoise alors que je fréquente encore les textes des féministes prosexualité états-uniennes avec beaucoup de bonheur.

La rectitude linguistique est une forme de violence, de contrôle social, de censure. On revient au sexe qui est politique. Même dans les mots, dans la langue, le langage. Peut ainsi être rejeté tout discours sur la base non pas de son contenu — qui peut être très pertinent et intéressant! —, mais de sa forme.

Si on doit parler de sexe, on doit le faire avec les mots et la grammaire qui nous convient, et qui convient à celles et ceux avec qui on discute et baise. Si on doit écrire le sexe sous une forme littéraire, la grammaire devient, à mes yeux, importante. En admettant toutefois la licence poétique. Comment dire, énoncer, réinventer le monde, le plaisir, le désir, les orgasmes, les rencontres charnelles, si on reste prises et pris dans une langue figée et normée?

De mon point de vue, intellect et sensations ne s’excluent pas. Mon intellect est un organe sensoriel de première classe! Mais je peux aussi imaginer un esprit moins cérébral que le mien pour qui l’intellect doit être évacué ou mis en sourdine pour jouir pleinement de ses sensations.

Je ne sais si je suis capable de rendre avec mes mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, mais j’ai vachement de plaisir à essayer!

Ma question pour toi: porno ou érotisme?

Le sexe politique

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Le sexe est éminemment politique. Et je n’aurai pas assez d’une one night stand story pour faire le tour de la question, chère Victoria.

Revenons-en aux origines : la politique, la gestion de la cité. En quoi deux, trois, dix corps forniquant avec délice ou morne habitude ont-ils quoi que ce soit avec la chose publique ? Ne touchons-nous pas à l’essence-même de l’intimité ?

La question politique est une question de valeurs, une question donc morale. Et la morale, la distinction du bien et du mal, est au croisement de nos croyances – y compris religieuses – et de nos ambitions. Ainsi, si fantaisie me prenait de séduire dix hommes en une nuit, il y aurait sans doute un humain pour dire « Fichtre, cette femme a le feu au cul ». Certes, ce ne serait pas faux. Si ce témoin imprévu ajoutait un retentissant « La salooooope » à mon propos, nous tomberions dans le jugement, le jugement de valeurs. Donc de morale.

Le sexe, notre regard sur le sexe, se relève donc teinté de la question morale. Et comme toute question morale, notre société a prévu des codes et des convenances, des usages sociaux plus ou moins acceptés. Ainsi, au gré de sa vie, toute personne ayant un rapport au sexe – l’absence de  rapport sexuel est également un rapport au sexe- est confronté à la norme sociale. Ce qu’il convient de , ou de ne pas, ou de peut-être… Sans parler de la curiosité de l’église et des commentaires de la voisine, ni de la main d’Albert dans la culotte de Joséphine. Ces codes, ces tolérés, supportés, encouragés ou interdits, sont les incarnats des valeurs qui présideront à l’établissement de la loi, que celle -ci entérine un tabou sociétal, ou qu’elle oeuvre à en lever d’autres. Ainsi, autoriser la discrimination liée aux  choix sexuels gays est un acte politique, qui donne une indication assez claire du niveau d’intolérance d’une société.

Ceci n’est que la base-même, l’évidence.

Je reste les yeux pleins de questions. Pour moi, le choc avec la norme sociale québécoise est violent. Les codes et coutumes varient d’une société à l’autre, tout comme ma position d’observatrice – influencée par une subjectivité évidente, hé, j’aime le sexe autant que le chocolat. Mes normes sont teintées d’Europe, d’hommes galants, d’une certaine lubricité et d’un foutu refus de toute forme de guerre.

Ainsi je m’interroge tellement quand je vois que des lois visant à promouvoir une égalité des sexes entraînent des effets secondaires non souhaités. Ainsi, en Belgique, nous avons une loi qui impose la stricte parité sur les listes électorales, et ce à chaque niveau de pouvoir. Mais, sérieusement, le sexe m’importe peu, quand il s’agit de voter : c’est la compétence qui m’intéresse. Et je refuse qu’on place sur une liste de candidats un homme incompétent au détriment d’une femme compétente. Tout comme je refuse qu’on y place une femme incompétente, au détriment d’un homme compétent. N’est-ce pas là un pur exemple d’égalité ?

Les grands combats féministes prônent la défense des droits des femmes – et leur action repose dès lors sur une différence liée au sexe. Qui a bien des raisons d’exister, nous sommes d’accord. La question de l’égalité des hommes et des femmes est une question politique, et nombre de lois s’en sont emparé, ici comme chez moi.

Le sexe, le rapport entre les sexes, comme le rapport sexuel, est politique. D’ailleurs, je suis pour une stricte égalité des genres : j’aime les hommes comme les femmes. En vrai, en bonne humaniste très peu consensuelle, j’aime les personnes bien plus que les genres ou les couleurs, plus que les convictions ou les étiquettes.

La question inverse est assez drôle … La politique est-elle une affaire de sexe ? Je ne m’étendrai pas sur ce que nous nommons « la promotion canapé ». J’ose espérer qu’en 2016, cette pratique n’a plus cours. Comment ça, je suis une douce rêveuse ?

Il en reste, des questions, belle Victoria, avant d’épuiser le sujet délicat des liens parfois tendus entre sexe et politique. Mais la fatigue me gagne, et lit m’appelle.

Je me demande parfois si l’on peut rendre avec des mots l’intensité du plaisir sans trahir les sens, si l’intellect a sa place quand il est question de sensations. Doit-on respecter la grammaire quand on parle d’orgasme ?

Je t’embrasse,

Nora

Écrire le sexe

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Écrire le sexe est-il nécessairement indécent? Oui et non.

Si on définit «indécent» comme ce «[q]ui choque la réserve socialement requise en matière sexuelle; contraire à la décence. ➙ déshonnête, immodeste, impudique, impur, obscène.» (Le petit Robert), eh bien, oui, écrire le sexe est nécessairement indécent. Après, il faut remettre en question «la réserve socialement requise en matière sexuelle», que je soupçonne très fortement d’être entaché de patriarcat (mais ça, c’est une autre discussion. Je dirai tout de même déjà qu’il est plus indécent pour une femme d’écrire le sexe que pour un homme. Et ça, c’est terriblement indécent.).

Si on définit «indécent» comme «[q]ui est contraire à l’honnêteté, aux bienséances. ➙ déplacé, inconvenant, malséant.» ou «[q]ui choque par sa démesure. ➙ insolent.» (Le petit Robert), eh bien, non, écrire le sexe n’est pas indécent. Voire, c’est plutôt le contraire. Nous sommes plusieurs (quelques milliards???) à nous adonner au sexe régulièrement, il est très hypocrite (même dangereux, mais ça aussi c’est une autre discussion) de ne pas vouloir en parler, le discuter, le représenter, l’enseigner, etc.

Je crois que plusieurs (beaucoup trop!) personnes écrivent le sexe de manière indécente. Parce que les clichés — patriarcaux et sexistes ou pas — parce que les idées reçues, parce que les tabous, parce que la violence imposée, parce que les jeux de pouvoir non consentis, parce que les jugements, parce que la censure, parce que le manque de connaissances, d’éducation, d’ouverture.

Je crois qu’écrire le sexe décemment est un acte révolutionnaire. Et nécessaire. Parce que le sexe, les câlins, les bisous, les orgasmes, les rencontres, le désir, le plaisir sont des choses précieuses que nous devrions cultiver parce qu’elles sont belles et bonnes.

Ma question pour toi: le sexe est-il politique?

Retour de chariot

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Oh oui, dis donc. J’ai presque envie, chère Victoria, d’activer un bruit de machine à écrire sur mon clavier, comme une vieille Underwood qui cliquetterait d’envie, à dresser ses pales, à huiler ses boutons.

Il est rare, tu le sais, que vie nous donne ces affinités sélectives comme si toujours alors que pas une semaine ne s’est écoulée depuis notre premier Shelby.  Et ta chatte, si spontanée hier – #citationsauvage- m’a tant fait rire que j’ai des crampes à la mâchoire, d’y penser simplement. Comment donc cette merveille a pu se produire, ce fragile instant, parfait ?  Tu vois, pour ça, pour ta journée de décrisse, pour mes deux mois d’exil, je souris.

Alors explorons, explorons les nymphes volubiles, les rosaces timides et les indécentes liqueurs, gageons que mots nous porteront sur des rivages où les gays ont l’éthique qui flanche parfois, où la liberté d’être numérique ou charnelle importe plus que nos noms de baptême. Crois-tu qu’écrire le sexe soit obligatoirement indécent ?

Je t’embrasse,

Nora

Premier envoi

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Chère Nora,

Depuis que nous nous sommes rencontrées, jeudi dernier, et que nous nous sommes découvert toutes ces affinités, j’en envie de discuter littérature du désir avec toi. Je te propose donc un espace, ici, et un format somme tout assez libre: nous publions à tour de rôle, en terminant notre billet avec une question pour l’autre, qui doit y répondre dans le billet suivant et qui peut ensuite aborder le sujet qu’elle souhaite, tout en terminant de nouveau avec une question pour l’autre.

Alors, preneuse?